« J’ai toujours eu des animaux » : expérience et expertise, quelle différence ?
« J'ai eu des chiens toute ma vie, je sais comment ça fonctionne. » « J'ai eu des chats depuis que je suis petit, je connais leur caractère. » Ces phrases reviennent souvent dans les conversations sur les animaux de compagnie.
L'expérience personnelle avec un animal est précieuse. Mais elle a ses limites. Et confondre familiarité avec expertise peut parfois nuire à l'animal que l'on cherche pourtant sincèrement à bien traiter.
Avoir vécu avec un animal ne signifie pas le comprendre
Vivre avec un chien ou un chat pendant des années crée une connaissance intime de cet animal particulier, dans ce contexte particulier. On apprend ses habitudes, ses préférences, ses petites manies. C'est une forme de connaissance réelle et utile.
Mais cette connaissance est spécifique à un individu, pas transférable à l'ensemble de l'espèce. Un chien n'est pas tous les chiens. Un chat n'est pas tous les chats. Chaque animal est le produit de sa génétique, de son histoire, de sa socialisation et de son environnement.
Penser que l'expérience avec un animal nous rend experts de tous les autres, c'est un peu comme penser que parce que l'on a bien connu une personne, on comprend automatiquement tous les êtres humains.
L'expérience peut aussi transmettre de mauvaises habitudes
Il y a une subtilité que l'on oublie souvent : l'expérience ne transmet pas seulement de bonnes pratiques. Elle transmet aussi des croyances, des réflexes et des méthodes qui peuvent être erronés ou dépassés.
Beaucoup de pratiques autrefois considérées comme normales, par exemple : frotter le nez d'un chien dans ses éliminations, dominer physiquement l'animal, punir après le fait, ignorer les signaux d'inconfort... ont depuis été réfutées par la recherche comportementale et reconnues comme contre-productives, et même nuisibles.
Quelqu'un ayant grandi avec ces pratiques les a souvent vécues sans en observer les conséquences négatives à long terme, ou en les attribuant à autre chose. L'expérience, dans ce cas, renforce des croyances incorrectes plutôt que de les corriger.
La science comportementale a beaucoup évolué
Notre compréhension du comportement animal a considérablement progressé au cours des trente dernières années. Des domaines entiers comme la cognition animale, l'éthologie appliquée et la neurobiologie des émotions animales ont transformé notre façon de comprendre ce que vivent nos animaux.
- La théorie de la dominance chez le chien a été largement réfutée par la recherche scientifique moderne, mais elle reste très ancrée dans les croyances populaires transmises de génération en génération.
- La compréhension du stress et des émotions animales a radicalement changé : on sait aujourd'hui lire des signaux subtils d'inconfort qui étaient totalement ignorés il y a quelques décennies.
- Les méthodes d'éducation ont évolué vers des approches basées sur le renforcement positif, validées scientifiquement, qui remplacent des pratiques autrefois communes mais aujourd'hui reconnues comme nuisibles.
- La vie émotionnelle des animaux est aujourd'hui documentée et prise au sérieux par la recherche, là où elle était niée ou minimisée dans le passé.
Quelqu'un dont l'expérience date de dix, vingt ou trente ans a vécu avec des animaux à une époque où ces connaissances n'existaient pas encore. L'expérience ne se met pas automatiquement à jour avec l'évolution de la science.
Chaque animal est un individu à part entière
Même en mettant de côté la question des connaissances scientifiques, il reste un problème fondamental dans le raisonnement « j'ai déjà eu un chien donc je sais ».
Deux chiens de la même race, du même élevage, du même âge peuvent avoir des personnalités, des sensibilités et des besoins radicalement différents. Un golden retriever sociable et confiant ne prépare pas à accueillir un golden retriever peureux et réactif. Un chat d'intérieur calme ne prépare pas à comprendre un chat de rue au passé traumatisant.
L'expérience passée donne des repères, pas des certitudes. Et parfois, ces repères peuvent même devenir des obstacles si l'on s'y accroche face à un animal qui fonctionne différemment de ce que l'on a connu.
L'humilité face à l'animal, une qualité sous-estimée
Les propriétaires qui obtiennent les meilleurs résultats avec leurs animaux ne sont pas nécessairement ceux qui ont le plus d'expérience. Ce sont souvent ceux qui savent observer, remettre en question leurs croyances et rester ouverts à apprendre de nouvelles choses.
Consulter un comportementaliste ne signifie pas admettre un échec. Cela signifie reconnaître que comprendre un animal dans sa singularité demande des outils et des connaissances qui vont au-delà de ce que l'expérience quotidienne seule peut apporter.
Les vétérinaires ont fait des études malgré des années d'expérience auprès des animaux. Les psychologues se forment pendant des années malgré leur propre vie émotionnelle. Avoir vécu une expérience ne dispense pas de chercher à mieux comprendre.
L'expérience et la connaissance sont complémentaires
L'expérience avec un animal est une ressource précieuse. Elle nourrit l'observation, la sensibilité, le lien affectif. Elle ne remplace pas la connaissance comportementale. Les deux ensemble forment le meilleur terreau pour une relation épanouissante.
Si vous traversez une situation difficile avec votre chien ou votre chat et que vos repères habituels ne suffisent plus, faire appel à un comportementaliste permet d'apporter un regard extérieur, formé et actualisé, sur ce que vit votre animal spécifiquement.
Chaque animal mérite d'être compris pour ce qu'il est aujourd'hui, pas pour ce qu'un autre animal a été hier.
Voir mes Services Comportementaux
Pour découvrir d'autres articles consacrés aux chiens et aux chats, cliquez ici : Voir tous les articles